Les dés sont lancés (devrais-je plutôt dire garrochés de manière présomptueuse?). Le récent budget ne fait pas du tout l'unanimité auprès du parti siégeant sur le banc de l'opposition (et auprès de l'autre opposition - celle qui s'oppose à la fois au parti en place et à l'opposition - vous savez, le parti qui s'est fait sacrer toute une volée le 26 mars dernier?), et avec raison. Baisses d'impôts... bla blah... baisses d'impôts... re-bla blah... ah oui? Le gouvernement libéral se voile littéralement la vue. Ou bien il est aveugle aux réels besoins du Québec, ou bien il refuse délibérément de voir ce qu'il a pourtant juste sous le nez.
Le gouvernement libéral et sa ô combien charmante ministre des finances désirent se servir du cadeau empoisonné d'Ottawa (reçu en toute fin de campagne électorale) afin de le reconvertir en baisses d'impôts. L'appât pouvait sembler alléchant à première vue. Inutile de se leurrer: de telles mesures ne profitent jamais vraiment à ceux qui en ont besoin. Par ailleurs, les besoins de la société québécoises sont à la fois multiples et ailleurs. Et le système de santé? Quand on pense qu'il est parfois plus sain de demeurer chez soi que de se décomposer le système immunitaire à l'hôpital, dans une salle d'attente sur-bondée, entouré de sources d'infections potentielles, de personnel épuisé et de médecins dont les problèmes d'attitude sont sans doute dû à un puissant agent pathogène pour lequel il n'existe encore aucun remède [ricanement sarcastique]... Et l'éducation? Comment redonner la flamme aux étudiants qui décrochent? Que faire pour contrer cette épidémie d'écoles qui tombent littéralement en ruine? Comment alléger le fardeau de la dette estudiantine pour quiconque ose s'aventurer au-delà du minimum d'années d'études requises? Et l'environnement, pratiquement passé sous silence? Et la culture, toujours reléguée aux oubliettes? Et le cercle vicieux de la pauvreté, duquel une partie de la population est prisonnière?
Charest a la tête sous la guillotine depuis quelques mois déjà. D'une façon ou d'une autre, ce qui lui sert de tête est mise à prix. Tous l'ont à l'oeil: la population québécoise, l'ADQ, le PQ et même Stephen Harper qui toise maintenant Charest comme si celui-ci était atteint d'une forme chronique de lèpre politique.Quelques questions se posent. L'ADQ et le PQ, qui menacent tout deux de rejeter ce budget, voient-ils vraiment clair en ce moment? Se rendent-ils compte de l'énormité du geste qu'il s'apprête à poser? Ont-ils bien pesé les pours et les contres? Mon petit doigt me chuchotte qu'ils ne souhaitent renverser le gouvernement Charest que par convoitise, pour leur intérêt personnel et non pour le bien de la nation.
Certes, il serait préférable que le parti se rétracte de lui-même. Avec à sa tête un arrogant de la trempe de Charest, peu probable que le parti se ravise.
D'un côté, j'imagine que Dumont veut bien croire qu'il est paré à toute éventualité et qu'il pourrait faire un bon premier ministre. Laissez-moi en rire à gorge déployée.
Dans l'autre coin du ring, il y a Marois. Qui ne peut guère faire pire que Boisclair. Fera-t-elle mieux? Point d'interrogation. Elle ne m'inspire absolument pas confiance. Mais ça, c'est mon opinion personnelle. Cependant, si le gouvernement libéral s'entête à ne pas vouloir mettre de l'eau dans son vin, que les deux autres partis s'opposent en bloc à son budget et qu'une nouvelle campagne électorale est lancée, Marois sera littéralement propulsée à la tête du PQ, sans réelle course à la direction.
Alors qu'au fédéral, gouverner en minoritaire a permis quelques compromis de part et d'autre, au Québec, tous les partis se targuent de pouvoir faire mieux, tirant chacun sur leur coin de la couverture, comme des bambins à la garderie, qui refusent de prêter un jouet. Nah, c'est à moi. Messieurs et mesdames les ministres, le Québec n'est pas un jouet. La population n'a pas à faire les frais de vos imbécillités.
Le parti libéral, dont les appuis s'amenuisent, aurait tout à gagner en modifiant ses grandes lignes budgétaires. Il nous éviterait à tous de retomber en mode électoral, ce qui, franchement, à deux mois des récentes élections, serait aussi douloureux que de souffrir simultanément d'abcès dentaires, d'ulcères et de sinusite aigüe tout en se tapant une pierre aux reins doublé d'une cirrhose hépatique.
Monsieur Charest, entêtez-vous. Soyez gamin. Vous courrez à votre perte.